A tous les acteurs de l’Enseignement catholique
« J’aime l’école parce qu’elle nous éduque au vrai, au bien et au beau.
Les trois vont ensemble. L’éducation ne peut pas être neutre. Ou elle est positive,
ou elle est négative ; ou elle enrichit, ou elle appauvrit ; ou elle fait grandir la
personne, ou elle l’affaiblit. »
-Pape François, mai 2014-


Après avoir massivement manifesté pour dénoncer la barbarie des récents attentats
et défendre la fraternité qui fonde la liberté, la communauté nationale veut désormais
réfléchir aux moyens nécessaires pour que de tels actes ne puissent se reproduire. De
nombreux appels sont adressés à l’Ecole. N’y entendons pas la remise en cause d’une
institution qui aurait failli, mais plutôt l’écho de l’importance vitale accordée à sa mission, et
la reconnaissance de la Nation envers les enseignants et les éducateurs. L’Ecole est
légitimement perçue comme le creuset où se fonde un projet collectif partagé. Elle ne peut
certes à elle seule résoudre tous les problèmes du monde et de la société ; mais il lui revient,
dans le champ qui lui est propre, d’assumer ses responsabilités éducatives.
Sans doute faut-il donc aujourd’hui, collectivement, mieux appréhender les
mutations rapides et profondes qui modifient considérablement les conditions d’exercice de
sa mission. Avant d’annoncer diverses mesures auxquelles nous devrons prêter toute
l’attention requise, Madame la Ministre de l’Education Nationale a organisé une large
consultation auprès de tous les acteurs du système éducatif pour envisager ce qu’il faudrait
réfléchir et impulser afin de permettre à l’Ecole de mieux encore jouer son rôle.
L’Enseignement catholique a été associé à ces échanges et s’engage résolument, avec
l’ensemble des établissements publics et privés, à tout mettre en oeuvre pour renforcer
l’éducation à l’exercice d’une liberté responsable.


Cette exigence concerne bien entendu l’ensemble des acteurs des communautés
éducatives. L’expression mérite sans doute, aujourd’hui, d’être explicitée. Elle ne désigne
pas un groupe fermé, mais un ensemble de personnes différentes par leur fonction, leur
parcours, leur sensibilité et leurs options, qui par l’apport de compétences distinctes
contribuent à une même tâche éducative. Au sein de la communauté éducative, les acteurs
salariés et bénévoles de l’école et les familles doivent collaborer. Et, dans les établissements
catholiques, il est légitime et à nos yeux nécessaire que les chrétiens puissent vivre et
exprimer leur foi. Mais le caractère propre reconnu par la loi exclut toute visée
communautariste. Il s’agit d’abord de proposer une vision chrétienne de la personne
humaine et la pensée sociale qui en découle, pour contribuer à l’intérêt général dans le
respect de la liberté de chacun.
Les chantiers à poursuivre et approfondir s’inscrivent dans des questionnements
anciens. Gardons-nous des décisions trop rapides, là où l’urgence consiste à explorer les
problématiques les plus fondamentales. Il faut, collectivement, penser en profondeur les
visées de l’Ecole et travailler sur la durée à la recherche d’outils nécessaires aux chefs
d’établissement, aux enseignants et aux éducateurs pour conduire leur classe, animer les
établissements et renforcer le dialogue et le partenariat entre l’institution scolaire et la
famille. Il s’agit aussi d’ouvrir de nouvelles pistes de formation pour tous, et assurément d’y
consacrer plus de moyens.
Par-delà les bons sentiments et les belles déclarations, qui ne sont jamais inutiles
mais qui ne suffisent pas, nous pensons que c’est dans sa culture professionnelle, dans son
organisation et ses pratiques, tout autant que dans les contenus d’enseignement, que l’Ecole
est appelée à répondre aux appels du temps présent. S’il n’a, pas plus que d’autres,
réponse à toutes les interrogations, l’Enseignement catholique entend bien soutenir tous ses
acteurs, et les invite à la réflexion collégiale. Sans prétendre à l’exhaustivité, et sous la
forme du questionnement partagé bien plus que sous celle de l’injonction, quelles pistes de
travail pouvons-nous suivre ensemble ?
- Comment faire de la laïcité un espace de découverte d’options et de convictions
diverses, un espace de dialogue apte à reconnaître les différences assumées et les
convergences à cultiver, afin de garantir à la fois la liberté de conscience et la
liberté d’expression ?
- Comment faire droit, dans tous les établissements scolaires, à une prise en
compte du fait religieux et la dimension religieuse de la culture ? En 2002, le
rapport Debray, rédigé après les attentats du 11 septembre, soulignait que la
connaissance intelligente du religieux offrait une voie privilégiée pour prévenir les
fanatismes. Où en sommes-nous aujourd’hui ?


- Comment, dans un contexte mondialisé, un système d’éducation nationale se
donne-t-il les moyens d’accueillir les diversités ethniques, culturelles et
religieuses, tout en promouvant les valeurs communes nécessaires à un projet de
société partagé ?
- Comment renforcer la mise en oeuvre d’une éducation relationnelle ouvrant au
désir de la rencontre et de l’engagement pour l’autre ? Comment cultiver la
culture de l’échange et le sens du débat rationnel et argumenté ?
- Comment développer une pédagogie coopérative qui fasse vivre l’expérience de la
solidarité et de la fraternité ? Les enfants et les jeunes ne vivent-ils pas encore
dans une Ecole trop souvent tournée vers la réussite individuelle, la concurrence
et la compétition ?
- Comment mobiliser l’ensemble des disciplines pour édifier une culture commune
procurant à chacun les balises utiles pour une saine relation à soi-même, à
l’autre, à la société et au monde ? Comment donner conscience que les savoirs
sont toujours en construction, et à travers eux questionner le sens de la vie ?
- Comment articuler les valeurs et les savoirs transmis par la famille et l’institution
scolaire avec les informations bien inégales, et souvent contestables voire
dangereuses, véhiculées par les outils numériques ?
- Comment donner plus de place à la prévention du décrochage scolaire, dont nous
savons qu’il fait le lit de l’exclusion sociale et de la violence ?
- Comment outiller les professeurs et les personnels, et les soutenir lorsque la
légitimité de leur parole est remise en cause ?
- Comment accroître le dialogue entre les religions auquel l’Eglise catholique
appelle depuis des décennies ? Comment ouvrir ce dialogue aux non croyants ?
- Comment poursuivre, dans l’Enseignement catholique, la mise en oeuvre de notre
caractère propre, c’est-à-dire notre projet éducatif spécifique, pour continuer d’en
faire la mobilisation d’un patrimoine éducatif utile à la construction du bien
commun ?
Beaucoup de groupes de travail réfléchissent à ces questions depuis des années, à
tous niveaux de l’Enseignement catholique. De nombreux documents sont disponibles. Il
nous faut mieux les faire connaître. Il nous faut, surtout, déployer ces ressources pour
prendre de nouvelles initiatives de formation, accessibles à tous.


L’ensemble de ces préoccupations s’inscrit parfaitement dans la mise en oeuvre de
nos projets éducatifs visant à la formation intégrale de la personne. Les urgences de
l’actualité nous appellent à travailler collectivement à une meilleure articulation de l’acte
d’enseigner et de l’acte d’éduquer, à une plus grande synergie de toutes les dimensions de la
formation intellectuelle, affective, morale, civique et spirituelle. Profondément convaincus
que l’éducation et la culture constituent les voies privilégiées de l’humanisation, nous
mesurons certes l’ampleur des difficultés quotidiennes, mais, en vous remerciant
chaleureusement pour tout ce que vous faites déjà, nous savons aussi pouvoir compter sur
l’engagement et la mobilisation de tous.
Plus que jamais, il nous faut vivre la conviction qu’avait formulée l’Enseignement
catholique en ce début de siècle, « éduquer : passion d’Espérance ».
Pour la Commission permanente de l’Enseignement catholique1,
Pascal Balmand, Secrétaire Général, le 20 janvier 2015